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Le fleuve Dniepr, une barrière naturelle difficile à franchir pour l’armée ukrainienne

Le fleuve Dniepr, une barrière naturelle difficile à franchir pour l’armée ukrainienne

La traversée du Dniepr reste un défi de taille pour l’armée ukrainienne, qui entreprend une laborieuse contre-offensive pour reconquérir les territoires occupés par les Russes à l’est et au sud.

De vastes plaines s’étendent à l’infini, remplies de ruines, de fumée et d’une vaste étendue d’un bleu profond. C’est le Dniepr, le quatrième plus long fleuve d’Europe, qui est devenu une ligne de front dans le sud de l’Ukraine et un obstacle naturel à la contre-offensive de Kiev.

Le majestueux fleuve traverse le pays du nord au sud avant de se jeter dans la mer Noire, dans la région de Kherson, où il sépare les belligérants.

Les troupes ukrainiennes occupent la rive droite depuis la libération de la capitale régionale du même nom, le 11 novembre 2022. Sur la rive gauche, l’armée russe continue d’occuper une partie des régions de Kherson et de Zaporojie.

Un poste de surveillance ukrainien sur le fleuve Dniepr, le 6 novembre 2023.
Un poste de surveillance ukrainien sur le fleuve Dniepr, le 6 novembre 2023. © Roman Pilipey, AFP

Kiev a lancé une contre-offensive majeure dans le sud et l’est en juin, mais la ligne de front a à peine bougé et chaque camp bombarde sans relâche l’autre.

« Les Russes utilisent tout ce qu’ils ont contre nous : l’artillerie, les drones kamikazes, le phosphore », explique un sergent au nom de guerre « Vojd » (« patron » en ukrainien). Son unité surveille la rive sud-ouest de la ville de Kherson, pour alerter l’artillerie en cas d’éventuelle incursion russe à travers le fleuve, que les civils n’osent plus emprunter.

Enveloppé dans sa cagoule et fusil à la main, ce militaire de 38 ans reste au sol, où s’élèvent des canards sauvages dans un crépuscule baigné d’or liquide qui fait presque oublier la guerre.

« Notre ennemi, c’est la pluie. Avec un ciel clair, nous voyons bien mieux l’arrivée des navires », souligne-t-il.

« Les Russes sont bien préparés »

« Nous avons un avantage de ce côté-là », explique-t-il du haut d’une petite colline aux touffes d’herbes sèches. Ce point est plus haut que la rive opposée qui protège les lignes russes, séparée des positions ukrainiennes par une dizaine de kilomètres d’eau douce.

Cet automne, les forces ukrainiennes semblent avoir réussi à établir plusieurs petites bases sur la rive gauche du Dniepr, au nord-est de Kherson.

Selon le supérieur de Vojd, un commandant de 45 ans portant le nom de guerre « Armiantchik », ses hommes « font parfois aussi des raids de l’autre côté ».

« Les Russes sont bien préparés, ils ont des lignes de défense solides. Ce ne sera pas facile, mais c’est notre pays et nous connaissons le terrain », tempère le militaire, déplorant le manque de blindés.

Des artilleurs ukrainiens préparent un tir de mortier près du Dniepr, le 6 novembre 2023.
Des artilleurs ukrainiens préparent un tir de mortier près du Dniepr, le 6 novembre 2023. © Roman Pilipey, AFP

Karamba, un homme moustachu de 35 ans, a participé aux opérations de l’autre côté. Leur mission est de déminer avant l’arrivée des brigades d’assaut, tâche rendue difficile par la rupture début juin du barrage de Kakhovka, plus en amont du fleuve, qui a provoqué d’énormes inondations dans cette zone.

« A cause des inondations, les mines se trouvent partout : au milieu des maisons détruites, dans les buissons et sur les branches mortes », décrit-il.

Outre les mines, « sur l’autre rive, des drones survolent constamment nos têtes, des mortiers, des chars, ils vous tirent constamment dessus, sans parler de l’aviation », poursuit Karamba.

Dans une autre position près du Dniepr, une unité de la 123e brigade territoriale s’est emparée d’un grand bâtiment abandonné pour y établir une position de mortier et cacher des navires.

« Ici, il faut être discret », dit un militaire, craignant la présence d’informateurs pro-russes parmi la population locale.

Un mur pour les deux côtés

A côté, Vitamine, un tireur de 31 ans, est chargé de tirer des obus de mortier aux coordonnées indiquées par des observateurs comme Vojd.

« Depuis deux mois, les Russes disposent de navires plus rapides », explique-t-il en ajustant la charge de ses projectiles.

Son secteur se concentre sur un réseau de petites îles qui obstruent le large lit du Dniepr et sur lesquelles les Russes, selon lui, « tentent de prendre position ».

« Je suis là pour les arrêter », déclare le jeune homme, qui affirme avoir déjà coulé six navires russes avec leurs occupants et affirme ne rien savoir du nombre de navires ukrainiens coulés.

« Le fleuve est une muraille naturelle. Il est plus difficile pour l’ennemi de se positionner, mais il est aussi plus difficile pour nous d’atterrir de l’autre côté », reconnaît-il.

Joulka, un petit chien sauvé par des soldats ukrainiens lors d’une opération, aboie entre les jambes du soldat.

Depuis, c’est devenu pour eux « une sorte d’alarme » : fuir les attaques des drones kamikaze russes, menace redoutable dans ces plaines infinies.

« Les Russes ont plus de drones que nous », explique Vitamine. « En plus, je suis sûr qu’ils nous surveillent en ce moment… »

Avec l’AFP

Article adapté de son original en français