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La tension monte entre la Guyane et le Venezuela en raison du référendum contesté sur l’Essequibo

La tension monte entre la Guyane et le Venezuela en raison du référendum contesté sur l’Essequibo

Le Venezuela tiendra une consultation populaire le 3 décembre pour, entre autres, décider d’annexer ou non Essequibo, un territoire en conflit de longue date avec la Guyane voisine, pays qui rejette la tentative vénézuélienne de résoudre le conflit par ce mécanisme. Ces dernières années, les tensions se sont accrues en raison de la découverte de pétrole et de gaz dans la zone maritime d’Essequibo. L’affaire est pendante devant les tribunaux internationaux.

Le conflit autour d’Essequibo s’aggrave. Face à une Guyane inflexible, le Venezuela a proposé une consultation populaire pour faire pression en faveur de l’annexion officielle d’Essequibo à son territoire. Près de 160 000 kilomètres carrés font l’objet d’un différend entre les deux nations.

Pour le Venezuela, une consultation populaire sur les droits de ce territoire serait la solution. En septembre, l’Assemblée nationale vénézuélienne a accepté de convoquer un référendum consultatif populaire afin de renforcer la défense de Guayana Esequiba et des droits inaliénables du Venezuela sur ce territoire.

« J’appelle tous les Vénézuéliens et Vénézuéliennes à voter le 3 décembre. Défendons les droits territoriaux du Venezuela », a écrit le président du Venezuela, Nicolás Maduro, après que le Conseil national électoral (CNE) a annoncé que la consultation aurait lieu le premier dimanche de décembre.

La proposition de consuler la population est intervenue après que le Guyana a lancé un appel d’offres pour des blocs pétroliers dans des zones maritimes qui, selon le Venezuela, se trouvent dans la zone contestée. Il y a cinq questions qui couvrent le soutien et le rejet des accords sur ce différend, celle de la création d’un État pour l’annexion de Guayana Esequiba et celle qui cherche à ignorer la juridiction de la Cour internationale de Justice (CIJ).


Un conflit territorial historique

La Guyane fonde son argument selon lequel ledit territoire lui appartient – sur la sentence arbitrale de Paris de 1899, alors qu’elle était encore une colonie anglaise. À ce moment-là, Un tribunal arbitral a rendu sa décision en faveur du Royaume-Uni et a attribué l’Essequibo à l’actuelle République coopérative de Guyane.

En 1962, le Venezuela a signalé aux Nations Unies plusieurs irrégularités constatées, telles que la partialité de l’un des juges du tribunal et d’éventuelles pressions du Royaume-Uni.

Quatre ans plus tard, le Venezuela et une Guyane au bord de l’indépendance signaient les Accords de Genève de 1966. Caracas compte sur cet accord pour revendiquer sa souveraineté sur l’Essequibopuisque celui-ci a établi « les mécanismes pour lancer un processus d’examen, de discussion et de recherche de solutions satisfaisantes à une controverse qui affecte le territoire et la souveraineté du Venezuela et de la Guyane ».

Cette année, la Cour internationale de Justice (CIJ) s’est déclarée compétente pour résoudre le différend et, depuis avril, l’affaire est suspendue. Toutefois, le Venezuela a insisté sur le fait que ladite Cour « n’a manifestement pas compétence pour connaître de l’affaire », raison pour laquelle elle n’a pas comparu lors de la procédure.

Essequibo, région frontalière en conflit entre le Venezuela et la Guyane
Essequibo, région frontalière en conflit entre le Venezuela et la Guyane ©FRANCE24

Polémique sur la richesse d’Essequibo

En 2015, les tensions entre les nations se sont aggravées parce que la compagnie pétrolière Exxon Mobil, des États-Unis, a découvert un puits de pétrole dans la mer contestée et l’a fait avec la permission du Guyana. Bien que le Venezuela ait tenté de reprendre le dialogue pour résoudre le conflit, la Guyane a décidé de ne pas y participer.

Cette année, elle a même lancé un appel d’offres pour plusieurs puits, ce qui a suscité l’énervement de Caracas. Un consortium composé d’Exxon Mobil, Hess et CNOOC Ltd contrôle la production pétrolière au large de la Guyane, dans le bloc Stabroek, où sont produits environ 380 000 barils par jour.

Plus de 11 milliards de barils de pétrole et de gaz ont été découverts dans cette zone. En fait, Exxon estime qu’elle produira plus de 1,2 million de barils de pétrole et de gaz d’ici 2027.

Ce jeudi 26 octobre, le ministre des ressources naturelles, Vickram Bharrat, a annoncé une nouvelle découverte dans la zone. Selon lui, Exxon a trouvé davantage de pétrole dans le puits d’évaluation « Lancetfish-2 ». Il s’agit d’une réserve estimée à 20 mètres d’hydrocarbures, ainsi qu’à environ 81 mètres de grès supplémentaire contenant des hydrocarbures.

En 2023, la Guyane a réalisé quatre découvertes offshore, portant le total à 46, depuis le début des opérations d’exploration en 2015. Plus de 11 milliards de barils de pétrole et de gaz ont été découverts jusqu’à présent dans le seul bloc Stabroek.

Les organisations internationales rejettent la consultation du Venezuela

La Guyane a dénoncé ce mardi que ce mécanisme a « le potentiel d’inciter à la violence et de menacer la paix ». Le gouvernement d’Irfaan Ali a réitéré qu’il défendrait son intégrité territoriale et considère que les questions posées par le Venezuela favorisent une « revendication illégale et infondée » sur plus des deux tiers du territoire national du Guyana.

La Communauté des Caraïbes (CARICOM) a également exprimé sa préoccupation face à la consultation vénézuélienne car, selon elle, « elle ouvre la porte à une éventuelle violation de ce principe fondamental du droit international ». De même, il a souligné que le référendum « n’a aucune validité, pertinence ou prestige en droit international par rapport à cette controverse ».

L’organisation espère que le Venezuela « n’évoque pas la possibilité de recourir à la force ou à des moyens militaires pour obtenir gain de cause dans ce conflit territorial ». En outre, ils ont rappelé que la position de longue date des pays d’Amérique latine et des Caraïbes, y compris le Venezuela, est que la région « doit rester une zone de paix ».


L’Organisation des États américains (OEA) a condamné la consultation et la considère « illégale au sens de l’Accord de Genève de 1966 ». Dans la déclaration publiée par le secrétaire général, Luis Almagro, il réitère que le Venezuela et la Guyane partagent la responsabilité de résoudre leur différend par des solutions pacifiques.

Cependant, il reconnaît et soutient également « le droit souverain de la République coopérative de Guyane d’exercer sa franchise dans sa zone maritime établie et rattachée ».

Reuters, EFE, AFP et médias locaux