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À l’ombre de Gaza, des colons israéliens harcèlent les Palestiniens en Cisjordanie

À l’ombre de Gaza, des colons israéliens harcèlent les Palestiniens en Cisjordanie

Bombardée sans relâche par l’armée israélienne après les attaques menées par le Hamas le 7 octobre, la bande de Gaza est au centre de l’attention de la communauté internationale. Mais une autre vague de violence, moins visible, touche également les Palestiniens de Cisjordanie, qui sont la cible des colons israéliens, qui bénéficient du soutien de leur armée.

Menaces, intimidations, vols, meurtres, villages dépouillés de leurs habitants… Les incidents impliquant des colons israéliens se multiplient en Cisjordanie occupée depuis l’attaque du Hamas du 7 octobre, tandis que l’armée mène des attaques meurtrières dans la bande de Gaza.

Cette vague de violences a conduit plusieurs capitales européennes à envoyer des alertes ces dernières heures. Berlin a exhorté, lundi 30 octobre, Israël à « protéger » les Palestiniens des « colons extrémistes », tandis que la France a condamné, la veille, les « violences inadmissibles » perpétrées contre des civils palestiniens.

« La France condamne fermement les attaques de colons qui ont entraîné la mort de plusieurs civils palestiniens ces derniers jours à Qusra et El-Sawiya, ainsi que le départ forcé de plusieurs communautés », peut-on lire dans un communiqué du ministère des Affaires étrangères.

Un homme marche sur les décombres de la maison du Palestinien Bajis Nakhleh, après qu'elle a été rasée et détruite par l'armée israélienne dans le camp de réfugiés de Jalazone, au nord de la ville de Ramallah, en Cisjordanie occupée par Israël, tôt le 28 octobre 2023. Israël a déclaré que la maison avait été détruite parce qu'elle avait été construite sans permis de construire.
Un homme marche sur les décombres de la maison du Palestinien Bajis Nakhleh, après qu’elle a été rasée et détruite par l’armée israélienne dans le camp de réfugiés de Jalazone, au nord de la ville de Ramallah, en Cisjordanie occupée par Israël, tôt le 28 octobre 2023. Israël a déclaré que la maison avait été détruite parce qu’elle avait été construite sans permis de construire. © AFP – Jaafar Ashtiyeh

Le ministère des Affaires étrangères fait ici référence à l’attaque meurtrière du 11 octobre contre le village de Qusra et au meurtre de Bilal Abou Salah, 40 ans, un Palestinien tué samedi par un colon israélien dans le village d’El-Sawiya.

Selon le maire de la ville, contacté par l’AFP, Bilal Abou Salah a été assassiné alors qu’il cueillait des olives avec d’autres membres de sa famille sur leurs terres, près de la barrière de sécurité d’une colonie israélienne.

« Ils ont été attaqués par quatre colons, et l’un d’eux, armé d’un fusil M16, a tiré sans sommation. Abou Salah a reçu une balle dans la poitrine et est mort devant sa famille et ses enfants », a expliqué le chef de cette petite ville du sud. de Naplouse.

Une accélération de la colonisation

Pour échapper à cette vague de violence alimentée par le désir de vengeance, de la part d’une partie de la population israélienne, depuis l’attentat du Hamas du 7 octobre, certains Palestiniens n’ont plus d’autre choix que de faire leurs valises.

Plusieurs ONG de défense des droits de l’homme ont signalé ces derniers jours de nombreux cas de villages dépouillés de leurs habitants sous la pression des colons, comme à Susya, Khirbet Zanuta ou A’nizan, près d’Hébron.

Autre exemple à Wadi al-Seeq, où des dizaines de colons accompagnés de soldats israéliens ont expulsé ses 200 habitants de la communauté bédouine en moins d’une heure.

« Nous n’arrivons plus à dormir, c’est un cauchemar », raconte à l’AFP Alia Mlihat, une habitante de Mu’arrajat, un autre village bédouin entre Ramallah et Jéricho, qui craint d’être la prochaine sur la liste. « Avec la guerre, on voit que les colons ont plus d’armes. C’est très difficile, on se demande ce qui va se passer. »

Quelques jours après les attentats du Hamas, le ministre israélien de la Sécurité d’extrême droite, Itamar Ben Gvir, a lancé une campagne de distribution de milliers de fusils d’assaut aux « unités de sécurité » civiles, notamment dans les colonies, qui font craindre une recrudescence des violences en Cisjordanie.

Des Palestiniens marchent dans une rue détruite à la suite d'une incursion militaire israélienne dans le camp de réfugiés palestiniens de Jénine, à Jénine, dans le nord de la Cisjordanie occupée, le 30 octobre 2023, au milieu des combats en cours entre Israël et le groupe palestinien Hamas dans la bande de Gaza.  Les forces israéliennes ont tué cinq Palestiniens le 29 octobre 2023 en Cisjordanie occupée, ont rapporté les autorités sanitaires, portant à plus de 110 le bilan des violences croissantes dans la région depuis le début de la guerre en boucle.
Des Palestiniens marchent dans une rue détruite à la suite d’une incursion militaire israélienne dans le camp de réfugiés palestiniens de Jénine, à Jénine, dans le nord de la Cisjordanie occupée, le 30 octobre 2023, au milieu des combats en cours entre Israël et le groupe palestinien Hamas dans la bande de Gaza. Les forces israéliennes ont tué cinq Palestiniens le 29 octobre 2023 en Cisjordanie occupée, ont rapporté les autorités sanitaires, portant à plus de 110 le bilan des violences croissantes dans la région depuis le début de la guerre en boucle. © AFP – Jaafar Ashtiyeh

Oui ok les tensions ne sont pas nouvelles entre les trois millions de Palestiniens et les plus de 490 000 colons israéliens, dont la présence est illégale au regard du droit international, Les observateurs notent une volonté d’accélérer la colonisation depuis les attentats du Hamas.

« Les colons savent que toute l’attention est concentrée sur Gaza, alors ils en profitent », déclare Dror Sadot, porte-parole de B’Tselem, le centre israélien d’information sur les droits de l’homme dans les territoires occupés. « Il est impossible de recenser toutes les attaques, mais depuis le 7 octobre, au moins 13 communautés ont été contraintes de fuir. De plus, nous estimons que sept personnes ont été tuées par des colons israéliens. »

« Un nouveau front »

Selon le Bureau de la coordination des affaires humanitaires de l’ONU (OCHA), 607 personnes ont dû abandonner leurs terres en Cisjordanie depuis les attaques du Hamas. Dans de nombreux cas, ces opérations d’expulsion sont menées avec l’approbation de l’armée israélienne, qui les autorise ou apporte un soutien aux colons.

« Il est souvent difficile de faire la distinction entre les colons et l’armée, car de nombreux colons sont partiellement vêtus d’uniformes. Il y a aussi des soldats en permission qui sont des colons. Ils n’ont pas forcément d’uniforme, mais ils portent des armes militaires », explique Dror Sadot.

Les villages attaqués depuis le 7 octobre se trouvent tous dans la zone C de Cisjordanie, sous contrôle sécuritaire et administratif exclusif de l’État d’Israël selon les accords d’Oslo de 1993. L’extrême droite israélienne rêve depuis de nombreuses années d’annexer cette zone, ce qui représente 60 % du territoire de Cisjordanie divisé en trois secteurs, car il concentre l’essentiel des terres fertiles et des ressources naturelles.

Les Palestiniens assistent aux destructions consécutives à un raid militaire israélien sur le camp de réfugiés palestiniens de Jénine, à Jénine, dans le nord de la Cisjordanie occupée par Israël, le 30 octobre 2023, au milieu des combats en cours entre Israël et le groupe palestinien Hamas dans la bande de Gaza.  Les forces israéliennes ont tué cinq Palestiniens le 29 octobre 2023 en Cisjordanie occupée, ont rapporté les autorités sanitaires, portant à plus de 110 le bilan des violences croissantes dans la région depuis le début de la guerre en boucle.
Les Palestiniens assistent aux destructions consécutives à un raid militaire israélien sur le camp de réfugiés palestiniens de Jénine, à Jénine, dans le nord de la Cisjordanie occupée par Israël, le 30 octobre 2023, au milieu des combats en cours entre Israël et le groupe palestinien Hamas dans la bande de Gaza. Les forces israéliennes ont tué cinq Palestiniens le 29 octobre 2023 en Cisjordanie occupée, ont rapporté les autorités sanitaires, portant à plus de 110 le bilan des violences croissantes dans la région depuis le début de la guerre en boucle. © AFP – Jaafar Ashtiyeh

Cette stratégie d’expulsion des populations vivant dans les zones de Cisjordanie sous contrôle militaire remonte à 2017. L’objectif affiché des colons est de s’emparer des terres et des pâturages et d’empêcher toute nouvelle construction palestinienne, dont l’essentiel est financé par l’Union européenne. .

La montée au pouvoir des suprémacistes juifs au sein de la coalition formée l’année dernière par Benjamin Netanyahu a permis aux colons d’obtenir un soutien politique inattendu. Les attentats du 7 octobre n’ont fait que renforcer leur détermination à poursuivre cette annexion de facto de la Zone C.

« De nombreux Israéliens sont furieux de ce que font actuellement les colons. Alors que tout le monde a les yeux rivés sur Gaza et les otages, et pendant que les gens pleurent, il semble qu’ils tentent d’ouvrir un nouveau front en Cisjordanie », déplore Dror. Sadot.

120 Palestiniens tués en Cisjordanie

Parallèlement aux attaques menées par les colons, l’assaut israélien sur la bande de Gaza s’est accompagné d’un durcissement des restrictions imposées aux Palestiniens en Cisjordanie occupée : fermeture des principaux checkpoints, renforcement des contrôles de sécurité, vagues d’arrestations… .

Les déplacements entre les villes et les villages sont devenus de plus en plus dangereux selon Al-Jazeera, qui rapporte le témoignage d’un chauffeur palestinien battu « sans raison » par des soldats israéliens en compagnie de deux passagers en provenance de Gaza.

La situation était déjà très tendue avant la guerre avec le Hamas et semble devenir de plus en plus explosive en Cisjordanie. Quatre Palestiniens ont été tués lundi à l’aube lors d’une attaque de l’armée israélienne à Jénine, selon le ministère de la Santé de l’Autorité palestinienne.

Selon la même source, cinq autres personnes ont été tuées dimanche dans des opérations « antiterroristes » à Naplouse, Beit Rima (au nord-ouest de Ramallah), Bethléem et Tamoun, au nord de Jénine.

Au total, près de 120 Palestiniens ont été tués en Cisjordanie par des tirs de soldats israéliens ou de colons depuis le début de la guerre entre le Hamas et Israël.

Cet article a été adapté de son original en français