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L’ambassadeur de France restera au Niger « malgré les pressions »

L’ambassadeur de France restera au Niger « malgré les pressions »

Les déclarations du président Emmanuel Macron ont eu lieu ce lundi 28 août, après que vendredi dernier la junte militaire, qui dirige le Niger après le coup d’État du 26 juillet, a ordonné l’expulsion du diplomate français Syvain Itté et lui a donné un délai de 48 heures pour partir. le pays. Macron a confirmé que son gouvernement ne suivrait pas les directives des autorités « illégales » et a réaffirmé son soutien au président déchu Mohamed Bazoum, qui continue d’être détenu par l’armée.

La France défie la junte militaire nigérienne et garde son ambassadeur à Niamey. C’est ce qu’a déclaré le président Emmanuel Macron ce lundi 28 août lors de la conférence annuelle des ambassadeurs à Paris, au cours de laquelle il a exposé les priorités de politique étrangère de son gouvernement.

«Je pense que notre politique est correcte. « Elle repose sur le courage du président (Mohamed) Bazoum et sur les engagements de notre ambassadeur sur le terrain, qui reste malgré toutes les pressions, malgré toutes les déclarations des autorités illégitimes », a déclaré le président français.

Ses déclarations interviennent après que, vendredi 25 août dernier, les putschistes nigériens ont ordonné l’expulsion de l’ambassadeur de France Syvain Itté et lui ont donné un délai de 48 heures pour quitter le pays. Une mesure qu’ils ont étendue peu après aux chefs de la diplomatie des Etats-Unis et de l’Allemagne, à Niamey.

L’armée – qui a perpétré le coup d’État du 26 juillet, depuis lequel elle a également détenu Bazoum – a justifié sa décision par le « refus de l’ambassadeur (…) de répondre à une invitation » du ministère. des Affaires étrangères à le rencontrer, ainsi que pour les agissements de Paris, « contraires aux intérêts du Niger ».

Macron a clairement indiqué ce lundi que son administration ne suivra pas les ordres d’autorités qui ne sont pas légitimement constituées et qui ne reconnaissent que Bazoumleader démocratiquement élu.

« Nous ne reconnaissons pas ceux qui ont fait le coup d’Etat, nous soutenons un président qui n’a pas démissionné et envers lequel nous restons attachés », a réitéré le chef de l’Elysée.

Macron soutient une éventuelle intervention militaire de la CEDEAO au Niger

Le président français est allé plus loin en indiquant que s’il soutient les actions diplomatiques de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) pour restaurer l’ordre démocratique au Niger, il soutiendra également une éventuelle action militaire si le bloc régional en décide ainsi.

« Notre politique est simple : nous ne reconnaissons pas les putschistes, nous soutenons le président qui n’a pas démissionné et nous nous engageons à être à ses côtés. « Nous soutenons les efforts diplomatiques de la CEDEAO et l’action militaire lorsqu’elle sera approuvée, dans le cadre de l’association », a déclaré Macron.

Depuis le renversement de Bazoum, la CEDEAO a prévenu qu’elle agirait par des moyens militaires « si tout le reste échoue », comme l’a déclaré le commissaire aux affaires politiques, à la paix et à la sécurité de l’organisation, Abdel-Fatau Musah, le 17 août, lors d’un sommet sur la crise au Niger.

En fait, fin juillet, l’organisation ouest-africaine a lancé un ultimatum de six jours pour réintégrer le président Bazoum, faute de quoi elle recourrait à la force.

Même si l’organisation a précisé par la suite qu’elle donne la priorité à la voie diplomatique, elle souligne constamment qu’elle n’exclut pas une intervention armée.

Des militaires sénégalais en pleine discussion en marge d'un conseil de la CEDEAO, à Abuja, Nigeria, le 10 août 2023.
Des militaires sénégalais en pleine discussion en marge d’un conseil de la CEDEAO, à Abuja, Nigeria, le 10 août 2023. © Kola Sulaimon/AFP

Au milieu de ces avertissements, la junte nigérienne conteste le maintien au pouvoir et appelle au soutien des nations voisines, également dirigées par les militaires qui ont pris le pouvoir par la force ces dernières années. Jeudi 24 août dernier, les putschistes qui ont renversé Bazoum ont autorisé les armées du Burkina Faso et du Mali à intervenir sur le terrain en cas d’« agression ».

Mais les tensions autour d’une éventuelle action militaire dépassent les frontières africaines. La semaine dernière, l’Algérie a pris pour cible la France lorsque la Radio Algérie, qui diffuse plusieurs langues et gère une édition internationale, a rapporté que les autorités de son pays avaient rejeté « une demande française d’ouvrir son espace aérien à une intervention militaire au Niger ». »

Selon l’accusation, après le prétendu refus de l’Algérie, la France se serait tournée vers le Maroc, pays qui aurait accepté la demande.

Mais catégoriquement, l’armée française a rejeté les affirmations venues d’Algérie. Un haut commandant militaire parisien cité par le journal français ‘Le Figaro’a déclaré qu’« il n’y a absolument aucune intention d’attaquer le Niger » et que son pays n’a soumis aucune demande d’« autorisation » pour un vol militaire ces derniers jours.

Le sentiment anti-français s’accroît

À l’instar des récents coups d’État au Burkina Faso et au Mali, la prise du pouvoir par la force au Niger s’est produite dans un contexte de sentiment anti-français croissant, certains habitants accusant Paris de s’ingérer dans leurs affaires.

Et le Niger a joué un rôle clé dans l’alliance avec les Occidentaux pour lutter contre les violences jihadistes, qui se sont accrues dans la zone avec la présence de groupes affiliés à Al-Qaïda et à l’État islamique autoproclamé.

Tous les pays africains ayant connu un coup d’État en 2021 se trouvent dans la région du Sahel.  Le Soudan a subi un coup d'État manqué en septembre et un deuxième coup d'État en octobre.  Au Niger, la tentative de coup d’État a échoué
Tous les pays africains ayant connu un coup d’État en 2021 se trouvent dans la région du Sahel. Le Soudan a subi un coup d’État manqué en septembre et un deuxième coup d’État en octobre. Au Niger, la tentative de coup d’État a échoué © France 24

Le territoire du Niger, qui était une colonie française, était jusqu’à récemment considéré comme la seule démocratie restante dans la ceinture sahélienne. Après des coups d’État consécutifs ces dernières années, tous les pays de cette région, du Soudan à la Guinée, sont passés sous le contrôle de la junte militaire.

En fait, la France a envoyé environ 1 500 soldats au Niger plus tôt cette année après avoir été contrainte de les retirer du Mali voisin.

Mais de nombreux citoyens nigériens continuent de considérer ces coopérations comme des actes d’ingérence cela, exigent-ils, finit.

Dimanche, des centaines de personnes ont de nouveau brûlé des drapeaux français à proximité de la base militaire que la nation européenne maintient à proximité de l’aéroport, à Niamey, où les troupes aériennes françaises sont installées depuis 2013.

Les manifestants en faveur du coup d'État tiennent un drapeau et plusieurs banderoles sur lesquelles on peut lire "A bas la France et ses alliés", "A bas l'impérialisme".  À Niamey, au Niger, le 30 juillet 2023.
Les manifestants favorables au coup d’État brandissent un drapeau et plusieurs banderoles sur lesquels on peut lire « A bas la France et ses alliés », « A bas l’impérialisme ». À Niamey, au Niger, le 30 juillet 2023. © Reuters/Stringer

Les putschistes exigent que l’administration Macron retire les soldats qu’elle maintient sur ce territoire. Mais Paris refuse, soulignant que cette demande ne peut émaner que du gouvernement légitime nigérien.

Une lutte entre deux positions qui promet d’accroître les tensions, au moment même où une éventuelle intervention militaire de la CEDEAO reste sur la table.

Avec Reuters et AP